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Recréer du collectif de manière inclusive et participative ? Le retour du format Barcamp

En cette période de crise, nous expérimentons toutes et tous de nouvelles manières de travailler et de communiquer. L’occasion de remettre au goût du jour les formats d’intelligence collective à distance, comme par exemple le Barcamp ?

En cette période si compliquée, alors que beaucoup d’entre nous pratiquent le télétravail, nous ressentons encore plus fort le besoin viscéral de convivialité et de lien social. 
À l’instar du premier confinement, l’affluence sur les réseaux sociaux et les outils de conférence en ligne est de nouveau énorme. 

Mais on voit aussi émerger d’autres modèles pour créer du lien et des communautés de discussion. 

Entre visios et apéros en ligne, webinars et autres talks, les formats ouverts et générateurs d’intelligence collective font florès : ateliers ou créations participatives, colloques en ligne …
Ou encore les Barcamps, qui font leur retour après avoir été oubliés au milieu des années 2010.

Mais c’est quoi un Barcamp ? Considéré comme l’ancêtre du hackathon et des tiers-lieux, le Barcamp est un moment convivial d’échange organisé autour de conférences et d’ateliers participatifs. 

Créé en 2005 en Californie notamment par Chris Messina, l’inventeur du #, il réunissait les développeurs de la Silicon Valley qui avaient besoin de sortir de leurs écrans pour échanger. Ce format se positionne comme une “non-conférence” ouverte dont le contenu est fourni par les participants et participantes. En mode présentiel au départ, le premier confinement a été l’occasion de tester une configuration en ligne pour ce format très riche qui a été un peu oublié au milieu de la dernière décennie au profit des autres formats collaboratifs.
 

Besoin d’inclusif et d’impulsif
 

S’il est un mot qui caractérise vraiment bien le concept du Barcamp, c’est “open”. “Tout est “open” dans un Barcamp. Tout est ouvert, égalitaire et inclusif.” Déjà, tout le monde peut initier un Barcamp, à condition de respecter la “charte” des Barcamps. La participation est gratuite sur inscription, et généralement limitée par les seules contraintes d’espace. La marque est communautaire, donc aucune licence coûteuse ou à multiples conditions à demander, tout se fait sur la base du volontariat et de la transparence. Ensuite et enfin, n’importe qui peut participer à partir du moment où on vient pour apporter quelque chose. Tout le monde est au même niveau, quel que soit son niveau d’expertise :  il n’y a pas celles et ceux qui savent face aux autres, il y a juste des personnes avec la même volonté de partage et d’échange. Savants, utilisateurs ou béotiens échangent en toute proximité, et cela permet de faire émerger des idées ou des sujets qui n’auraient pas été évoqués lors d’une simple table-ronde, par exemple. 

“Pas de spectateurs, tous participants”.

Les règles sont assez simples : pas de présentation commerciale ou à sens unique (ce n’est pas une keynote). Tout le monde participe, en argumentant, proposant des sujets, en prenant des notes, en aidant à la logistique ou à l’organisation… On se présente en 3 tags, sans dérouler son CV et, si un fil de discussion permet d’échanger en amont et de réfléchir ensemble, les sujets ne sont pas proposés en avance et aucune session n’est pré-réservée. Cela permet une belle liberté d’expression et de création.

Réservé au départ au monde du développement, ce format a eu un gros succès dans le microcosme digital naissant avec l’apparition des réseaux sociaux ; il a permis aux pionniers de découvrir, construire et s’approprier le Web 2.0. 

Très vite, il s’est décliné sous toutes les thématiques possibles : Vinocamps, Foodcamps, BookCamps, ArtCamp, Mediacamp, greencamp, lovecamp, etc… et même un Archéocamp ! Certaines structures l’ont également utilisé en outil de motivation et co-construction interne et le mot est désormais utilisé, à tort, pour un outil de facilitation en table. 

Au milieu de la dernière décennie, avec la multiplicité des formats collaboratifs et, il faut le reconnaître, une certaine récupération par les consultants, il a été un peu mis de côté. Et Chris Messina, qui gérait le wiki mondial, en a stoppé la maintenance. 

Depuis le premier confinement, les pionniers et nostalgiques du format l’ont fait renaître en ligne, avec un Barcamp sur la résilience et un autre sur le féminisme et la création d’un wiki francophone qui permet notamment de référencer les barcamps à venir.

Besoin de participatif et de collectif 

Les personnes inscrites vont se retrouver pour débattre, échanger et proposer des idées avec des personnes qu’elles ne connaissent pas encore, via des sessions de 45 minutes. Elles seront restituées en public pour que tout le monde puisse en profiter. Les ressources sont mises en commun et rendues accessibles par la suite, créant une véritable base de données sur le sujet du jour.
Rappelons que l’objectif premier d’un Barcamp est d’actionner et de mettre en œuvre l’intelligence collective. 

“Il s’agira d’accélérer le processus de formation d’une communauté en connectant rapidement des personnes au travers de leurs passions et intérêts partagés.” 

Chaque groupe va donc fonctionner comme une communauté. Tout le monde pourra prendre la parole en toute convivialité, en suspendant son jugement, en respectant un certain équilibre et les règles élémentaires de politesse. Les seules contraintes : s’amuser, réfléchir, apprendre et respecter le timing. 

Les 45 minutes sont parfois frustrantes pour aller au fond de la réflexion, mais ces sessions donnent à réfléchir et les barcampeuses et barcampeurs continuent souvent de travailler ensemble par la suite. L’organisation veille au respect du temps, et les groupes s’organisent en partageant les notes, une personne rapportera et donnera la restitution, en mode responsable. 

Les sessions se suivent, entrecoupées de restitutions, autant que l’organisation et le nombre de salles le permettent. En présentiel, les frais sont minimes ou pris en charge par des sponsors, l’objectif étant que tout le monde puisse y accéder, et les sponsors trouvant un intérêt dans la thématique, sans accaparer la visibilité… ni récupérer l’événement. 

Évidemment, le partage sur les réseaux sociaux, le livetweet et autres diffusions sont recommandées, de même que la rédaction d’articles par la suite.

En présentiel, on finit généralement par une session un peu fun, karaoké, challenge culinaire ou dégustation, tests de produits, d’applis ou battles graphiques, etc. Lors de ces journées, le réseautage est crucial, et on ne peut compter le nombre de collaborations, de nouveaux projets, d’entreprises et même… de couples qui se sont créés à la suite d’un Barcamp ! 

On ne peut que se réjouir du retour de ce format intelligent et espérer qu’on retrouvera vite la possibilité de vivre ces moments en présentiel.

“Lorsque vous venez, soyez préparés à partager avec les barcampeurs. Lorsque vous le quittez, soyez préparés à le partager avec la planète.”

Pour aller plus loin : 

– La page wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/BarCamp 
– Open Space Technology (OST) https://en.wikipedia.org/wiki/Open_Space_Technology 

– Les règles https://www.slideshare.net/adebuche/presentation-barcamppptx

– Plus d’infos : https://barcamp.fr/?BarCamps 

Tribune rédigée par Isabelle Boucher Doigneau et Martine Le Jossec

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