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Leadership féminin : commémorer l’effort collectif pour l’égalité des droits

Le dernier baromètre annuel “Women in Business” publié par le cabinet de consultants Grant Thornton, révèle que la proportion de femmes à des postes de direction en France s’élève à 33% et a franchi le seuil critique et symbolique de 30%.

En 2021, des combats persistent et des perceptions restent biaisées, ancrées dans les mentalités, pour la place des femmes dans la société comme dans les entreprises. Le 8 mars 2021, comme chaque année depuis 1977, nous aspirons à une société plus inclusive, à rappeler l’importance de la lutte contre les discriminations sous couvert de différence.

Petit retour en arrière.

En juillet 2020, disparaissait l’avocate et militante féministe Gisèle Halimi, l’une des figures de la lutte pour les droits des femmes les plus importantes du XXe siècle. Quelques mois plus tard, en septembre, outre-Atlantique la juge à la cour suprême des Etats-Unis, Ruth Bader Ginsburg, disparaissait à son tour. Depuis la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne publiée en 1791 par Olympe de Gouge, la lutte ouverte pour faire évoluer son statut et ses droits a été conduite par différentes femmes qui ont marqué l’histoire par leurs initiatives, leur témérité, leur courage, allant jusqu’au péril de leur vie selon les époques et les situations. De Jeanne d’Arc à Marie-Antoinette, en passant par Georges Sand, Simone de Beauvoir et jusqu’à Simone Veil, pour n’en citer quelques-unes, l’histoire est chargée d’exemples de femmes fortes, et leur mémoire sans cesse invoquée pour rappeler la lenteur avec laquelle les mœurs évoluent et les mentalités progressent.

La différence fait peur…

De tout temps, les individus se sont, par instinct de préservation, méfiés de ce qu’ils ne connaissaient pas ou de ce qu’ils ne comprenaient pas. Ne pas entrer dans une case prédéfinie par la société conduit à des rejets sociétaux qui ont marqué chaque époque depuis des siècles. En posant un regard sur l’histoire, il est parfois difficile d’imaginer que des actes racistes, des discriminations sur la base du genre, des orientations sexuelles, croyances religieuses ou culturelles puissent encore exister. Les temps changent, les cadres de lois évoluent, mais malheureusement les mœurs prennent du temps. Le changement s’accompagne toujours de mouvements forts, parfois radicaux pour se mettre en place. L’histoire l’a montré à de nombreuses reprises, pourtant “Nul ne doit être privé de ses droits parce qu’il est “différent”. Selon les Nation Unies, “des restrictions légales ont empêché 2,7 milliards de femmes d’accéder au même choix que les hommes en matière d’emploi. Moins de 25 pour cent des parlementaires étaient des femmes en 2019. De plus, 1 femme sur 3 fait toujours l’expérience d’une violence basée sur le genre.”

…pourtant, elle est la clé de l’innovation

Si l’on prend les plus importantes personnalités à travers l’histoire, hommes ou femmes, ceux qui ont marqué les esprits sont souvent ceux qui ont fait des choses différentes, ou étaient eux-mêmes “différents” de la norme établie à l’époque de leur existence.

Garder cela en tête, accepter la prise de risque, dans un monde aussi compétitif que le nôtre, permet aux organisations de s’élever et de se démarquer de leurs concurrents, de répondre à une problématique sociale trop longtemps ignorée et de s’adapter dans un monde en pleine transformation.

Pour le philosophe grec Héraclite, “Rien n’est permanent, sauf le changement”. Ainsi, si les changements qui remodèlent les perceptions et la société actuelles bouleversent un ordre bien établi, ils permettront à long terme de rétablir ce que prône la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 ; à savoir que “Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits”, et que la société semble parfois perdre de vue.

Infuser la culture au niveau des dirigeants et des managers

En France, le cadre est favorable à l’entreprenariat pour les femmes, pourtant de nombreux biais de décision, qui sont traditionnels et culturels, agissent comme des freins à l’évolution. Par exemple, le monde de l’investissement et de la finance étant, par tradition un monde d’hommes, les femmes qui montent leur entreprise manque souvent d’investisseurs. Si cela évolue, +6 points soit 36% de femmes dans le secteur d’après les recherches de Grant Thornton, cela se fait malheureusement sur plusieurs générations. Toutefois, la parité doit provenir d’une logique « top-down ». En d’autres termes, si les équipes dirigeantes sont diversifiées et paritaires, alors le salariat de l’organisation sera de fait plus diversifié et paritaire, selon le principe de l’exemplarité. Autre secteur probant, celui des technologies, construit selon le modèle de celui de la finance, s’est longtemps imposé comme un monde d’hommes.

Pourtant, l’homme et la femme doivent former une harmonie musicale, tel un(e) violoniste et un(e) pianiste dans un orchestre. Et chaque membre d’une équipe apporte cette même complémentarité pour atteindre la symphonie parfaite qui permettra au chef d’orchestre de mener le concert à bien. La diversité est dans cet exemple la garantie du succès, pourquoi ne serait-ce pas le cas de l’entreprise ? En effet, si la direction d’une entreprise n’est pas embarquée dans le projet de diversité et d’égalité des chances, le reste des équipes ne suivront pas non plus.

Remettre l’employé au cœur de l’infusion de la culture

Le 7 mars dernier, Élisabeth Moreno, ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, au cours de l’émission Grand Jury RTL – Le Figaro – LCI, a déclaré avoir reproché à Emmanuel Macron de ne pas donner “l’exemple” au niveau du gouvernement en ce qui concerne la parité. En effet, une seule femme figure parmi ses 13 conseillers. Cette suggestion faite au chef du gouvernement pourrait tout à fait s’appliquer à de nombreux chefs d’entreprise, dans une société française encore très paternaliste. Or, cette approche attentiste risque de faire perdurer le problème encore des années.

C’est pourquoi, remettre l’employé au cœur de ces questions, offrir une écoute permettant d’améliorer les choses semble l’option la plus viable pour favoriser le changement. En effet, sonder les employés des entreprises sur leur perception des efforts et initiatives mis en place en faveur de la diversité, leur sentiment sur cette culture permet aux dirigeants d’ajuster et d’adapter la manière dont il dirige l’entreprise et incluent les talents qui s’y trouvent. Des sondages réguliers de l’ensemble des collaborateurs, et la possibilité d’inclure ces derniers dans les initiatives comme acteurs de ce changement et moteurs de l’infusion de la culture au sein de l’organisation. Il est plus que jamais possible pour les entreprises de tenir compte des ressentis de leurs collaborateurs et d’adapter leur activité en faisant du sur-mesure, en incluant toutes les différences qui ne doivent pas être gommées mais être absorbées pour créer un ensemble, non pas homogène mais cohérent.

En 2021, être une femme reste un combat lorsque celle-ci est confrontée à l’homme alors qu’elle devrait y être simplement associée ; les changements s’opèrent lentement mais les perceptions restent difficiles à changer. La persévérance, l’éducation et le soutien des hommes permettront de continuer de faire évoluer les mentalités. Ici encore, c’est un travail d’équipe qui concerne l’ensemble des membres de l’entreprise, une mosaïque qui se met en forme à plusieurs mains. Cette collaboration et l’écoute permettront de poursuivre le combat pour l’inclusion et la diversité au sein de nos sociétés afin que la journée de la femme devienne en réalité une journée de commémoration d’un effort collectif, la célébration d’une vision commune et d’un résultat atteint ensemble.

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