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Le télétravail au temps du confinement

Le télétravail ne semble cette fois-ci pas être instauré partout et de manière automatique, comme au printemps dernier.

Depuis une semaine, le gouvernement insiste : “Tous ceux qui ont des tâches télétravaillables doivent télétravailler cinq jours sur cinq”. Cette directive cependant se doit d’être remise dans le contexte réel du monde du travail. Le nouveau protocole sanitaire, qui posent les recommandations aux employeurs concernant l’organisation du travail autour de l’épidémie, n’insiste pas tant sur une systématisation du télétravail. De fait, de nombreuses entreprises évaluent encore aujourd’hui leur organisation et activité, afin de déterminer ce qui peut être effectué à la maison, et ce qui doit être conservé sur site. Les employeurs ont en effet une liberté qu’ils n’avaient pas en mars : celle de déterminer, en pouvant le justifier, les activités télétravaillables et celles qui ne le sont pas. Pour de multiples raisons, qui tiennent à la fois aux leçons de l’expérience du premier confinement, mais aussi aux réticences de certains salariés et chef d’entreprises à revenir à une organisation 100% télétravail, le télétravail ne semble cette fois-ci pas être instauré partout et de manière automatique, comme au printemps dernier. En effet, selon un sondage réalisé par Harris Interactive pour le ministère du Travail, un quart des salariés dit avoir télétravaillé à 100 % entre le 4 et le 8 novembre.

Un essoufflement général

Le premier confinement a introduit massivement le télétravail en France, de façon contrainte et soudaine. S’il était déjà utilisé dans certaines organisations, et qu’il a été accepté comme une solution efficace dans le contexte inédit du confinement, bon nombre d’entreprises ont réalisé au printemps les challenges que le télétravail peut représenter pour toute organisation. Globalement, les entreprises tirent un bilan mitigé du recours au télétravail : s’il permet de répondre aux attentes des salariés et d’ajouter de la flexibilité dans l’organisation, il implique également une modification pour le management, la communication et la gestion de l’activité. En somme, comme toute organisation de travail, le télétravail a ses avantages et inconvénients pour tous, que beaucoup ont découvert lors du premier confinement. Ce deuxième confinement est différent dans ses contours, mais aussi parce que le sentiment de salariés et employeurs vis-à-vis du télétravail n’est plus le même. Pour certains salariés, une forme de lassitude se fait jour : la solitude et la rupture du lien social avec l’entreprise, mais aussi le manque de séparation de leurs univers professionnel et personnel sont des contraintes conséquentes avec un large impact sur leur moral et leur productivité. Côté employeur, la dégradation de la productivité et de la performance de l’entreprise nourrit des inquiétudes déjà ravivées par le contexte incertain et compliqué économiquement que nous traversons. Beaucoup estiment avoir mis en place des mesures sanitaires (roulement des équipes sur site, Plexiglas, masques, gel hydroalcoolique…) suffisantes pour limiter et arrêter les contaminations en entreprise. Le télétravail n’est plus vu comme une solution pratique et nécessaire dans la gestion d’une crise, mais pour un bon nombre d’entreprises comme une contrainte, un obstacle, à la bonne organisation de l’activité.

De plus, le discours gouvernemental appuyé sur le télétravail, en contradiction avec celui sur le maintien de l’activité économique crée une zone de flou, propice à une nouvelle réflexion, pour les employeurs et leurs salariés, quant à l’implémentation du télétravail sur ce mois de novembre.

Une vision différente du télétravail

A l’inverse de la précipitation avec laquelle s’est organisé le premier confinement, beaucoup ayant tout juste eu l’occasion de transférer leur matériel et dossiers à leur domicile, cette deuxième saison de télétravail se fait avec le retour d’expérience, bon ou mauvais, de la première. Autant la question des tâches télétravaillables n’avait pas été abordée en tant que telle au mois de mars, la contrainte l’emportant sur tout forme de libre arbitre, autant cette fois-ci, il en va très différemment.

Les chefs d’entreprises ont depuis dressé le bilan, tant des aspects positifs, que des correctifs à apporter.  Au chapitre des vertus du télétravail, le gain d’autonomie et de flexibilité, une meilleure qualité de vie pour certains salariés, notamment ceux travaillant loin de leur domicile, source de motivation et finalement apportant plutôt une productivité accrue à l’entreprise. En revanche, de nombreux managers ont constaté que, parmi les emplois télétravaillables, beaucoup ne l’étaient pas à 100%, loin de là. Ainsi, dans mon propre cabinet d’expertise comptable, le télétravail à 100 % pour tous est compliqué : des problématiques de matériels (connexion internet, nombre suffisant d’ordinateurs portables…) rallongent de manière conséquente le traitement de dossiers avec des gros volumes de paie, par exemple. Des profils juniors ou des embauches récentes également ont besoin d’être accompagnés sur leur mission, et le télétravail à 100 % est pour eux impossible. C’est cette complexité qui explique en partie le fait que les chiffres du pourcentage de métiers télétravaillables soient très différents d’une étude à l’autre, suivant que l’on considère ou non cette zone grise.

Enfin, depuis la levée du confinement, et en particulier à la rentrée de septembre, les entreprises ont remodelé leur organisation pour s’adapter à la nouvelle réalité de gestion de l’épidémie. « Vivre avec le virus » a ainsi pris un sens pour les dirigeants et managers, le télétravail n’étant plus vu comme un outil automatique face à la pandémie, mais comme une adaptation à la situation, gage de flexibilité pour que l’activité économique continue. Beaucoup d’entreprises ont ainsi pris le temps de réorganiser leurs équipes et leurs activités autour de la prévention de l’épidémie. 

Le Président de la République ayant déclaré que l’économie devait continuer à tourner, le télétravail à 100 % est aujourd’hui remis en question, et même souvent impossible. Aucune entreprise ne peut se vanter de pouvoir rendre la totalité de ses tâches télétravaillables sans conséquences directes sur son activité : qu’il s’agisse de points d’équipe, de traitement de certains dossiers et de projets, de formation de nouvelles recrues ou d’accompagnement de profils juniors, une entreprise reste un effort collaboratif qui nécessite un regroupement des équipes sur site, et ce de manière régulière, pour fonctionner correctement.