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Avec la crise, est-il devenu plus simple de recruter un bon stagiaire ?

La place du stagiaire en entreprise, l’évolution du marché et les récents changements liés au Covid sont d’autant de facteurs qui complexifient la recherche.

Toutes les entreprises le cherchent… Celui qui dynamise une entreprise ou une équipe, qui prend des initiatives tout en restant à sa place, qui est force de proposition aussi bien que bon exécutant, qu’on décrit volontiers comme “smart” ou “débrouillard”. Celui qui, au bout d’une semaine, donne l’impression qu’il est là depuis des années. Tout le monde l’a croisé un jour, tout le monde le connaît et, pourtant il est bien difficile à trouver ! Pourquoi était-il devenu si compliqué de recruter un “bon” stagiaire ? Qu’est-ce que la crise a changé ?

Une demande croissante

Début 2020, la France était en situation de plein emploi des cadres avec un taux de chômage inférieur à 5% et les entreprises avaient un besoin grandissant de ressources et de compétences. En parallèle, le nombre de création d’entreprise avait augmenté fortement (+18% rien qu’en 2019 selon  economie.gouv.fr) et de moins en moins étaient défaillantes (en 2019, 2.500 entreprises en moins qu’en 2018 selon Altares). Les stagiaires ont donc naturellement été identifiés comme un moyen de pallier la pénurie de ressources.

Le stagiaire est de plus en plus responsabilisé

Encore récemment, et même si ce phénomène est malheureusement encore présent dans quelques secteurs, le stagiaire était vu comme un larbin bon à servir le café et faire les photocopies. Aujourd’hui, le stagiaire a de vraies responsabilités et, pour beaucoup, le stage est devenu la nouvelle période d’essai.

Alors qu’une licence ou un master sont de moins en moins perçus comme une garantie qu’un employé sera adapté à la vie en entreprise, le stage est jugé par beaucoup comme révélateur d’un savoir-faire et d’un savoir-être. 82% des RH se fient d’ailleurs plus à un stage qu’à un diplôme dans une candidature pour évaluer la capacité du candidat à détenir le savoir-être et le savoir-faire requis.

Le recrutement de stagiaires est plus régulé

Le recrutement des stagiaires, qui sont plus prisés et plus responsabilisés, est à présent plus régulé. En effet, la loi n° 2014-788 du 10 juillet 2014 a nettement amélioré son statut en entreprise en lui accordant des droits similaires à ceux des salariés sur de nombreux points : temps de travail limité, congés possibles, tickets restaurants, indemnités de transport, etc. Ce texte renforce aussi son encadrement afin que les stages ne soient pas détournés de leur objet de formation et ne se substituent pas à des emplois.

En conséquence, la présence des stagiaires sur le marché est devenue plus contrôlée. Si le nombre de stagiaires avait explosé entre 2006 et 2012, en passant de 600 000 à 1,6 millions, aujourd’hui il stagne. Selon une enquête 2019 de  RegionsJob le nombre estimé de stagiaires dans l’hexagone était de 1,6 millions, soit autant que l’enquête du Figaro en 2012.

Ces tendances confirment donc un déséquilibre sur le marché du travail, avec une offre stagnante de stagiaires face à une demande grandissante.

Tout le monde recherche le même bon stagiaire

La vaste majorité des employeurs opère à partir de critères de sélection bien prédéfinis. Ils recherchent un jeune “smart”, “débrouillard”, qui soit ‘force de proposition’ etc. Les jeunes ont peu d’expérience, les critères de sélection sont donc souvent limités (typologie d’école, niveau social…) et les mêmes pour définir un bon stagiaire. Même si les parcours se diversifient, les attentes restent inchangées. Les entreprises cherchent donc dans le même vivier de candidats.

L’évolution des nouvelles technologies  

Aujourd’hui, de nombreux outils rendent les offres de stages beaucoup plus visibles et leur accès en devient beaucoup plus démocratisé. Les multi-diffuseurs, comme Multiposting en 2008, ont révolutionné le marché en permettant aux entreprises de publier leurs offres sur tous les jobboards en un clic. Ce phénomène s’est accentué dans les établissements scolaires avec le développement par JobTeaser de leurs intranets, harmonisant et facilitant le dépôt d’offres de stage. Cette démocratisation de la publication au sein des établissements scolaires a fait exploser le nombre d’offres disponibles par étudiant (jusqu’à 25 offres par étudiant en moyenne). Ces avancées permettent aux entreprises d’être plus visibles, mais paradoxalement, elles augmentent aussi la compétition entre elles.

Qu’est-ce que la crise a changé ?

À l’annonce du confinement, intervenue en pleine période de stages ou de recherche de ceux-ci, la situation était floue : l’étude menée par AJstage pendant le confinement révèle que 40% des conventions de stage ont été suspendues ou annulées. On pourrait croire qu’il y aurait plus de stagiaires disponibles, cependant comme les établissements scolaires ont proposé des alternatives (mémoire, études de cas…) à leurs étudiants rendant le stage non obligatoire, l’offre et la demande se sont équilibrées.

L’émergence du télétravail, jusque-là interdit pour les stagiaires, a permis de les accueillir malgré la fermeture des bureaux. L’identification et l’intégration de ceux-ci a toutefois été bouleversée par ce nouveau contexte et requiert de nouvelles compétences. Les étudiants doivent désormais être plus autonomes, indépendants et être en mesure de s’intégrer à une équipe virtuellement.

Ces nouveaux critères de sélection, s’ils vont s’ajouter aux précédents, vont réduire le vivier potentiel de candidat, rendant le bon stagiaire encore plus rare. S’ils se substituent à d’autres critères (formation, expériences…) ou les contrebalancent dans les processus de sélection, ils permettront de détecter de nouveaux candidats à fort potentiel.

Conclusion

Sur les dix dernières années, le recrutement de stagiaires a été bousculé par la loi, les nouvelles technologies, la conjoncture économique et les usages. Leur place au sein des entreprises a évolué pour devenir plus une ressource stratégique qu’une ressource bon marché. Le bon stagiaire était devenu une ressource rare et difficile à capter.

Depuis la crise, les paradigmes du marché du travail changent, les recrutements et les intégrations évoluent vers plus de flexibilité, autonomie et distance.

Les entreprises qui arriveront à adapter leur besoin et leur processus de sélection aux nouvelles réalités du marché, augmenteront leur vivier potentiel de candidats sans pour autant perdre en exigence.  

C’est notamment grâce à cette attitude que beaucoup de start-ups ont émergé suite à la crise de 2008.